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le jt agité du 26 février 2011
01 Mardi mar 2011
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28 Lundi fév 2011
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Il apparaît alternativement en burnous, manteau traditionnel d’Afrique du Nord ; en costume blanc et lunettes noires, façon cartel colombien ; en toque de fourrure, à la manière d’un trappeur ; en uniforme militaire, genre Idi Amin Dada, sur lequel il épingle jusqu’à vingt médailles, dont certaines ont la taille d’une tartelette. Regard absorbé scrutant l’horizon, Mouammar Kadhafi, dictateur depuis quarante-deux ans, soigne ses apparitions. Selon Wikileaks, le Guide de la révolution recourt massivement au Botox, ce qui expliquerait la paralysie croissante de son visage.
Comme le colonel mis en scène par Georges Lautner dans Ne nous fâchons pas, Kadhafi cultive le goût de l’excentricité. Plantant sa tente de Bédouin dans les pays étrangers lors de ses voyages officiels, entouré d’une garde d’amazones, il boit chaque matin du lait de chamelle, envisage régulièrement de déplacer la capitale libyenne dans une oasis, ne supporte pas de séjourner dans les étages d’un immeuble, dort chaque nuit dans un lieu différent, refuse de survoler les mers, ne se déplace plus sans son infirmière ukrainienne. Cela pourrait être drôle. Mais en lançant des attaques aériennes sur son peuple, en usant d’armes de guerre pour abattre les manifestants, Mouammar Kadhafi a rappelé qu’avant d’être un tyran fantasque et théâtral, il est un tyran tout court.
L’Occident l’avait pourtant réhabilité. C’était en 2003. Au mois d’août, il avait soudain admis la responsabilité de la Libye dans l’attentat de Lockerbie en 1988, lorsqu’un avion de la Pan Am avait explosé en vol, entraînant la mort de 270 personnes. Il avait aussi accepté d’indemniser les familles des victimes. L’ONU avait levé ses sanctions. Peu de temps après, il avait reconnu son implication dans l’attentat contre un DC10 de la compagnie française UTA qui avait causé 170 morts (1). Puis avait renoncé à ses armes de destruction massive. Après dix-sept ans de gel, les relations diplomatiques avaient repris avec les Etats-Unis, puis avec le reste du monde. Les compagnies pétrolières étaient revenues en Libye.
En réalité, la réconciliation de la Libye avec les Américains avait débuté plus tôt : le 11 septembre 2001. Une histoire en forme de polar. Ce jour-là, les Etats-Unis et la Libye se découvrent un ennemi commun : Oussama Ben Laden. Dès 1998, via Interpol, la Libye lance contre lui un mandat d’arrêt international. Les islamistes soutenus par al-Qaida sont les principaux opposants de Kadhafi. Entre 1992 et 1998, il est la cible de trois attentats, dont les exécutants ont, dit-on, bénéficié du soutien du MI5 et de la CIA. L’autocrate libyen est un vieil ennemi de l’Occident.
Fin tacticien, il sait user de la presse comme d’un outil dans son combat. «A chaque fois qu’il y avait une crise entre la Libye et les Etats-Unis, nous étions invités à Tripoli, raconte Patrick Robert, photographe indépendant. On nous faisait faire un tour, et Kadhafi finissait toujours par apparaître, acclamé par une foule de sympathisants, ou devant les comités populaires.» Kadhafi a notamment utilisé la presse pour présenter son grand projet de révolution arabe. Et chaque rencontre avec le Guide est un conte drolatique (lire page 34). «Un jour, l’ambassade de Libye a appeléTF1, se souvient Patricia Allémonière, chef du service étranger de la chaîne. Le Guide nous proposait de le rencontrer. C’était fin1984. Il soutenait alors Goukouni Oueddei, le rebelle tchadien nordiste. Nous avons atterri à Tripoli et avons immédiatement été pris en charge. On nous a conduits au Tchad pour rencontrer le rebelle, puis nous avons été raccompagnés à l’hôtel, dont nous avions interdiction de sortir. Dans la soirée, ils nous ont emmenés dans une immense salle néostalinienne. Nous étions deux, installés face à face à une table de plusieurs mètres de long. Il est arrivé, royal, en tenue traditionnelle, et s’est assis au bout de la table, assez loin de nous. Après quinze minutes, nous lui avons posé une question qui ne lui a pas plu. Il s’est levé, royal toujours, et il est parti. Nous plantant là. Après cela, on nous a remis dans l’avion de retour. »
Il y a un mystère autour de la naissance de Kadhafi. De son enfance, on sait peu de choses. Fils d’un pasteur nomade, la rumeur veut qu’il soit en réalité le fils d’un aviateur corse du village de Vezzani. Pilote des Forces aériennes françaises libres, Albert Preziosi a rejoint Londres en 1940. Deux ans plus tard, son avion s’écrase dans le désert libyen. Il est recueilli par une tribu et aura un enfant avec l’une des femmes. Cet enfant pourrait bien être Mouammar Kadhafi. Si rien ne peut confirmer la rumeur, rien ne semble pouvoir la discréditer.
Lorsqu’il arrive au pouvoir en 1969, sorti de l’académie militaire de Benghazi, le jeune colonel putschiste est un relais de la cause palestinienne et des idées panarabes de Nasser avec lesquelles il a grandi. Il prône le démantèlement de l’Etat sioniste et scande, poing brandi, un discours anti-occidental. Il a 27 ans et se révèle déjà belliqueux.
Dans les années 60, il entre en guerre contre le Tchad, dont il annexe la bande d’Aozou, un territoire du nord ; accroît la répression contre ses opposants ; prétend à un programme nucléaire ; revendique comme territoriales les eaux du golfe de Syrte – où l’aviation puis la marine libyenne et américaine s’affronteront. Il théorise aussi la «révolution verte» en inventant une troisième voie, sise entre capitalisme et communisme, alors en compétition. Son socialisme nouveau est financé par les pétrodollars.
«La lutte politique qui aboutit à la victoire d’un candidat avec, par exemple, 51% de l’ensemble des voix des électeurs conduit à un système dictatorial mais sous un déguisement démocratique», ose-t-il dans son Livre vert. Puis il fonde la Grande Jamahiriya libyenne populaire socialiste. Sa jamahiriya – un néologisme créé à partir du mot arabe yumhuria, république – est en réalité une dictature sans déguisement, système de congrès et de comités populaires, opaque et corrompu, sur lequel il exerce une influence totale.
En 1986, une bombe dévaste une discothèque de Berlin. Un soldat américain est tué. En réponse, Ronald Reagan ordonne le bombardement de Tripoli et de Benghazi. La Libye est isolée. Après l’attentat de Lockerbie, elle est sanctionnée par la communauté internationale et lâchée par les frères arabes. L’utopie panarabe s’effondre. Qu’à cela ne tienne, Kadhafi se tourne vers le panafricanisme et se rêve en guide des Etats-Unis d’Afrique.
Nouvelle pensée, nouvelles tenues. Kadhafi l’Africain arbore dès lors des boubous colorés, d’énormes broches représentant le continent africain, des chemises sur lesquelles sont imprimés les portraits de leaders africains charismatiques : Patrice Lumumba et Nelson Mandela, entre autres. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Et le ridicule ne tue pas.
En juillet 2002, sous son impulsion, l’Union africaine est inaugurée. Mais, là encore, ses rêves d’unité seront déçus. L’invasion américaine de l’Irak en 2003 sonne comme un rappel : il est temps de réintégrer le ballet international et d’apaiser sa relation avec les Etats-Unis.
Mais, au-delà de ses métamorphoses stratégiques, Kadhafi reste un personnage capricieux et incontrôlable qui ne supporte pas la moindre contrariété. Les exemples sont nombreux. En novembre 2009, le Guide est mécontent de l’accueil qu’il a reçu à New York, deux mois plus tôt, lorsqu’il était venu assister à l’Assemblée générale des Nations unies. On lui a d’abord demandé une photo d’identité pour l’obtention de son visa. Une photo d’identité alors que les portraits du roi-philosophe gardent toutes les rues ! Premier outrage. A New York, on lui interdit ensuite de déployer sa tente bédouine, puis de visiter Ground Zero, où s’élevaient les tours jumelles. Retour furieux. En novembre donc, un avion-cargo russe chargé d’enlever les derniers fûts d’uranium hautement enrichi que possède le régime, repart à vide. Consigne de l’Oracle. C’est l’alarme nucléaire : les fûts demeurent presque sans protection jusqu’à la fin du mois décembre, date à laquelle, après d’intenses négociations avec les Américains, Kadhafi accepte leur départ (2).
«Il est tentant de tenir ses nombreuses excentricités comme autant de signes d’instabilité, mais Kadhafi est une personne complexe qui a réussi à se maintenir au pouvoir quarante ans par un équilibre habile d’intérêts et de réalisme politique», écrit Gene A. Cretz, ambassadeur américain à Tripoli en 2009 (3).
Replié sur son clan, lui qui a déjà maté tant de frondes de tribus rivales affronte désormais la colère de son peuple. «Rendez vos armes immédiatement, sinon il y aura des boucheries», menaçait-il dans son allocution télévisée mardi soir. Autour de lui, les héritiers font bloc. Seif al-Islam (Glaive de l’islam) d’abord, le dauphin. C’est lui, dit-on, qui aurait conseillé à son père la normalisation avec l’Occident. Il apparaissait comme un pont vers l’ouverture, jusqu’à son intervention télévisée de la semaine dernière, lorsqu’il promettait, quelques jours avant son père, une répression sanglante des manifestations.
Dans un immense mensonge, le Guide de la révolution prétend désormais n’avoir plus prise avec la gouvernance. Il n’en demeure pas moins le grand commandeur du portefeuille du régime. Pas un contrat d’importance qui ne passe entre ses mains. D’autres moins importants aussi, qu’il redirige parfois pour favoriser certains dirigeants ou certains pays.
Lassée d’attendre que les pétrodollars bénéficient enfin au peuple libyen, la jeunesse s’est lancée dans la rue. Mercredi, les contestataires avaient pris possession de plusieurs villes libyennes et promis, malgré les menaces, de poursuivre leur avancée. Kadhafi les écoutera-t-il ? Ira-t-il jusqu’au bout de sa folie ?
(1) La responsabilité de la Libye dans cet attentat n’a cependant jamais été établie.
(2) Selon les révélations de Wikileaks.
(3) Selon les révélations de Wikileaks.
24 Jeudi fév 2011
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Une ville proche de Tripoli serait tombée jeudi aux mains des manifestants, alors que le gouvernement promet des récompenses pour tout renseignement sur les dirigeants du mouvement de protestation.

Les opposants à Mouammar Kadhafi ont pris le contrôle de la ville de Zouara, à 120 km à l’ouest de Tripoli, ont dit jeudi des travailleurs égyptiens fuyant la Libye. Ces Egyptiens rencontrés à la frontière tunisienne travaillaient à Zouara. Ils affirment qu’il n’y a plus aucun policier ou militaire et que des “comités populaires” armés contrôlent la ville. Zouara, située au bord de la mer Méditerranée, est la ville la plus importante à l’ouest de la capitale libyenne. Les journalistes étrangers (désormais considérés comme hors-la-loi) qui ont réussi à entrer dans le pays confirment que plusieurs villes de l’Est, notamment Benghazi et Tobrouk, en Cyrénaïque, sont désormais sous le contrôle des opposants.
Le gouvernement libyen appelle à la délation
Le Comité du peuple pour la sécurité, organisme du gouvernement libyen, a appelé jeudi les opposants à rendre leurs armes et promis de récompenser tout renseignement sur les dirigeants du mouvement de protestation. “Celui qui rend son arme et se repent sera exempté de poursuites judiciaires. Le comité appelle les citoyens à collaborer et à l’informer sur ceux qui ont mené la jeunesse ou l’ont corrompue avec de l’argent, du matériel ou des excitants et des pilules hallucinogènes“, dit l’institution dans un communiqué, promettant “une forte récompense“. Le communiqué a été lu par un officier à la télévision libyenne.
Aqmi soutien les manifestants
Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a promis de “faire tout son possible pour aider” les insurgés estimant que leur combat est “le combat de tout musulman qui aime Allah et son messager”, a indiqué jeudi le centre américain de surveillance de sites islamistes (SITE). L’Aqmi accuse Kadhafi d’avoir recours à des mercenaires africains pour mater les opposants et d’avoir demandé à des avions de tirer sur les opposants, rapporte le groupe de veille des sites internet utilisés par des mouvements islamistes.
Bilan : jusqu’à 1.000 morts ?
Selon le gouvernement libyen, la répression a fait environ 300 morts. Mais l’Italie évoque pour sa part le chiffre de 1.000 victimes. La FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme) parle de 600 morts.
Défections politiques
Au sein même du régime libyen, les défections se poursuivent avec le ralliement du ministre de l’Intérieur, Abdel Fatah Younes, et le départ du ministre de la Justice, Moustapha Abdel Jalil. De nombreux diplomates libyens en poste à l’étranger ont déjà fait défection.
L’inquiétude de Ban
Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a fait part de sa “très profonde inquiétude” et demandé une action internationale. “Il est impératif que la communauté internationale maintienne son unité et agisse de concert pour assurer une transition rapide et pacifique”, a-t-il indiqué.
Les étrangers évacués par milliers
De nombreux pays continuent d’évacuer, par air et par mer, souvent dans des conditions difficiles, les dizaines de milliers de ressortissants étrangers travaillant en Libye ou y séjournant pour faire du tourisme. Tout ceci crée une situation chaotique à l’aéroport de Tripoli, où des passagers se battent pour monter dans les avions. L’Union européenne a ainsi annoncé qu’il restait 10.000 de ses ressortissants en Libye et qu’elle mobilisait des moyens pour être en mesure de les évacuer rapidement. Les pays asiatiques sont aussi très concernés puisque selon les chiffres officiels, 60.000 Bangladeshis, 30.000 Philippins, 30.000 Chinois, 23.000 Thaïlandais et 18.000 Indiens sont enregistrés en Libye, principalement comme modestes ouvriers contractuels.
Fuite aux frontières, crainte d’exode et de crise humanitaire
Plus de 5.700 Tunisiens résidant en Libye ont fui le pays par la route pour se réfugier en Tunisie via la frontière Ouest depuis lundi et mardi. Les Libyens sont de plus en plus nombreux également à faire le même trajet, ce qui laisse craindre un exode massif et une crise humanitaire. A la frontière Est, côté égyptien, ce sont les Egyptiens -plusieurs milliers- qui fuient la Libye via le poste de Salloum. Un million et demi d’Egyptiens vivent dans le pays.
Des migrants africains pris pour des mercenaires ?
Selon le HCR, de nombreux réfugiés africains (originaires principalement du Tchad, du Soudan, d’Erythrée et de la Somalie) sont pris pour cibles par les opposants à Mouammar Kadhafi. Ils sont en effet considérés comme des mercenaires. Le président libyen aurait en effet engagé de nombreux mercenaires africains pour attaquer les contestataires. Des rumeurs font aussi état de mercenaires européens en provenance des Balkans.
Les ports bloqués
L’armateur français CMA-CGM a annoncé que l’ensemble des ports et terminaux du pays étaient paralysés. Cela signifie le blocage de toutes les exportations d’hydrocarbures extraits en Libye.